
Clair-obscur
« Le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumiĂšres, mais lâobscuritĂ©. Tous les temps sont obscurs pour ceux qui en Ă©prouvent la contemporanĂ©itĂ©. Le contemporain est donc celui qui sait voir cette obscuritĂ©, qui est en mesure dâĂ©crire en trempant la plume dans les tĂ©nĂšbres du prĂ©sent ».
Mais que signifie « voir les tĂ©nĂšbres », « percevoir lâobscurité », sâinterroge le philosophe italien Giorgio Agamben ? Ă la Bourse de Commerce, lâexposition « Clair-obscur » explore cette rĂ©flexion Ă partir dâĆuvres dâartistes de la Collection Pinault qui, de lâart moderne Ă aujourdâhui, se sont dĂ©tournĂ©s des scintillements factices du monde pour en sonder les zones dâombre qui se conjuguent parfois aux Ă©clats de lumiĂšre et viennent ainsi Ă©clairer le temps prĂ©sent.
Le musĂ©e se mĂ©tamorphose en un paysage luministe et crĂ©pusculaire, oĂč les Ćuvres souvent immersives se dĂ©voilent dans un jeu dâombres et de lumiĂšres. « Clair-obscur » emprunte ainsi son titre aux contrastes du fameux chiaroscuro, qui sâinvite dans la peinture depuis le 16e siĂšcle, dans le maniĂ©risme et lâĂąge baroque, Ă lâimage de lâĆuvre du Caravage qui en intensifie lâusage, plongeant le monde terrestre dans lâobscuritĂ©, alors que des rayons de lumiĂšre accentuent la tension dramatique et les enjeux spirituels sous-jacents Ă lâĆuvre. Son influence se fait sentir dans lâĆuvre de Victor Man dont un ensemble dâĆuvres sera prĂ©sentĂ© et la poĂ©tique de Bill Viola, dont deux piĂšces majeures appartenant Ă la Collection Pinault seront exposĂ©es, qui sâinspire des maĂźtres anciens pour faire advenir des corps Ă©mergeant de lâombre dans une temporalitĂ© ralentie.
Dans lâexposition, la peinture et lâart tout entier nâauront alors de cesse de conjuguer lâombre et la lumiĂšre. Le clair-obscur nâest donc pas seulement une technique picturale du passĂ©: il est un langage visuel qui traverse les siĂšcles et se renouvelle sans cesse, rĂ©vĂ©lant toute la part dâobscuritĂ© de lâhomme et du monde. Il donne sa tonalitĂ© Ă tout un pan de la crĂ©ation, un ressort narratif, un principe philosophique. Il exprime Ă la fois la matĂ©rialitĂ© de la lumiĂšre et les zones dâombre de lâinconscient, transformant notre rapport au visible et Ă lâinvisible. Dans la Rotonde, sous le dĂŽme zĂ©nithal du musĂ©e, le chef-dâĆuvre de Pierre Huyghe, Camata (2024), sâancre, aprĂšs sa prĂ©sentation dans lâexposition « Liminal » Ă la Punta della Dogana Ă Venise, dans cette scĂšne circulaire qui se meut alors en amphithéùtre hors du temps. Ici se dĂ©ploie le rituel mĂ©taphysique filmĂ© par lâartiste dans lâimmensitĂ© du dĂ©sert dâAtacama au Chili.
En parallĂšle, les vingt-quatre vitrines du Passage de la Bourse de Commerce, accueillent une carte blanche Ă Laura Lamiel qui expose un corpus dâĆuvres spĂ©cifiquement imaginĂ©es pour cette prĂ©sentation. Ses installations oĂč la couleur et la lumiĂšre jouent un rĂŽle essentiel, sâinspirent autant de la psychanalyse que de la cosmologie spirituelle et sâappuient sur un rĂ©pertoire de formes sensibles constituĂ©es dâobjets trouvĂ©s, de collections et de certaines taxonomies de matĂ©riaux qui contrastent avec les surfaces immaculĂ©es de lâacier quâelle Ă©claire avec des tubes fluorescents.
- đïž Ville : Paris
- đ© DĂ©partement : 75
- đ Adresse : 2, rue de Viarmes
- đ Type : concert
- đ Conditions :
De 0 Ă 15 euros.
- đ Voir le site officiel