Clair-obscur

Clair-obscur

đŸ—“ïž Du 4 mars 2026 → 31 aoĂ»t 2026

« Le contemporain est celui qui fixe le regard sur son temps pour en percevoir non les lumiĂšres, mais l’obscuritĂ©. Tous les temps sont obscurs pour ceux qui en Ă©prouvent la contemporanĂ©itĂ©. Le contemporain est donc celui qui sait voir cette obscuritĂ©, qui est en mesure d’écrire en trempant la plume dans les tĂ©nĂšbres du prĂ©sent ».

Mais que signifie « voir les tĂ©nĂšbres », « percevoir l’obscurité », s’interroge le philosophe italien Giorgio Agamben ? À la Bourse de Commerce, l’exposition « Clair-obscur » explore cette rĂ©flexion Ă  partir d’Ɠuvres d’artistes de la Collection Pinault qui, de l’art moderne Ă  aujourd’hui, se sont dĂ©tournĂ©s des scintillements factices du monde pour en sonder les zones d’ombre qui se conjuguent parfois aux Ă©clats de lumiĂšre et viennent ainsi Ă©clairer le temps prĂ©sent.

Le musĂ©e se mĂ©tamorphose en un paysage luministe et crĂ©pusculaire, oĂč les Ɠuvres souvent immersives se dĂ©voilent dans un jeu d’ombres et de lumiĂšres. « Clair-obscur » emprunte ainsi son titre aux contrastes du fameux chiaroscuro, qui s’invite dans la peinture depuis le 16e siĂšcle, dans le maniĂ©risme et l’ñge baroque, Ă  l’image de l’Ɠuvre du Caravage qui en intensifie l’usage, plongeant le monde terrestre dans l’obscuritĂ©, alors que des rayons de lumiĂšre accentuent la tension dramatique et les enjeux spirituels sous-jacents Ă  l’Ɠuvre. Son influence se fait sentir dans l’Ɠuvre de Victor Man dont un ensemble d’Ɠuvres sera prĂ©sentĂ© et la poĂ©tique de Bill Viola, dont deux piĂšces majeures appartenant Ă  la Collection Pinault seront exposĂ©es, qui s’inspire des maĂźtres anciens pour faire advenir des corps Ă©mergeant de l’ombre dans une temporalitĂ© ralentie.

Dans l’exposition, la peinture et l’art tout entier n’auront alors de cesse de conjuguer l’ombre et la lumiĂšre. Le clair-obscur n’est donc pas seulement une technique picturale du passĂ©: il est un langage visuel qui traverse les siĂšcles et se renouvelle sans cesse, rĂ©vĂ©lant toute la part d’obscuritĂ© de l’homme et du monde. Il donne sa tonalitĂ© Ă  tout un pan de la crĂ©ation, un ressort narratif, un principe philosophique. Il exprime Ă  la fois la matĂ©rialitĂ© de la lumiĂšre et les zones d’ombre de l’inconscient, transformant notre rapport au visible et Ă  l’invisible. Dans la Rotonde, sous le dĂŽme zĂ©nithal du musĂ©e, le chef-d’Ɠuvre de Pierre Huyghe, Camata (2024), s’ancre, aprĂšs sa prĂ©sentation dans l’exposition « Liminal » Ă  la Punta della Dogana Ă  Venise, dans cette scĂšne circulaire qui se meut alors en amphithéùtre hors du temps. Ici se dĂ©ploie le rituel mĂ©taphysique filmĂ© par l’artiste dans l’immensitĂ© du dĂ©sert d’Atacama au Chili.

En parallĂšle, les vingt-quatre vitrines du Passage de la Bourse de Commerce, accueillent une carte blanche Ă  Laura Lamiel qui expose un corpus d’Ɠuvres spĂ©cifiquement imaginĂ©es pour cette prĂ©sentation. Ses installations oĂč la couleur et la lumiĂšre jouent un rĂŽle essentiel, s’inspirent autant de la psychanalyse que de la cosmologie spirituelle et s’appuient sur un rĂ©pertoire de formes sensibles constituĂ©es d’objets trouvĂ©s, de collections et de certaines taxonomies de matĂ©riaux qui contrastent avec les surfaces immaculĂ©es de l’acier qu’elle Ă©claire avec des tubes fluorescents.

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