Doreen

Doreen

đŸ—“ïž Du 25 mars 2026 Ă  19h00 → 25 mars 2026

AndrĂ© Gorz, nĂ© en 1923 en Autriche, naturalisĂ© français sous le nom de GĂ©rard Horst, s’installe Ă  Paris Ă  la fin des annĂ©es 1940.

Il publie Le Traßtre, une autobiographie en forme de recherche, entre auto-analyse et critique du modÚle de société capitaliste, en 1958.
Il a fait la rencontre de Sartre en 1946, les deux hommes se lient d’amitiĂ©, et Sartre prĂ©face Le TraĂźtre.
Puis il engage Gorz aux Temps Modernes dans les années 1960.
C’est le dĂ©but d’une carriĂšre journalistique qui le mĂšnera Ă  participer Ă  la fondation du Nouvel Observateur.
ParallĂšlement il dĂ©veloppe les premiĂšres bases de ce qui deviendra l’Écologie Politique et Ă©crit de trĂšs nombreux ouvrages autour de la question.

En 2006, il publie, en marge de ses travaux thĂ©oriques et politiques, la Lettre Ă  D. une confession Ă  sa femme, Doreen Keir, atteinte d’une maladie incurable.

Un an plus tard, en septembre 2007, André et Doreen sont retrouvés morts, dans leur lit.

La lettre de Gorz raconte l’histoire de son amour avec Doreen, de leurs annĂ©es de jeunesse et d’engagement politique, jusqu’à leur retrait de la vie publique, du pacte de fidĂ©litĂ© qu’ils s’étaient fait, de la nĂ©cessitĂ© vitale de leur amour, qui les mĂšnera jusqu’à choisir de mourir ensemble plutĂŽt que de survivre l’un Ă  l’autre.
Entre dĂ©voilement et pudeur, Gorz nous fait naviguer dans une confession, Ă  la fois hommage et repentance, et nous donne accĂšs Ă  l’intimitĂ© d’un amour bouleversant, qui s’inscrit dans une vie entiĂšre.

À sa maniĂšre, il s’agit d’entrer dans l’intimitĂ© d’un couple, pour mieux nous renvoyer Ă  la notre, Ă  nos vertiges amoureux, Ă  nos vides et Ă  nos dĂ©sirs.
Doreen, pourrait ĂȘtre un contrepoint, un Ă©clat, un Ă -cĂŽtĂ©, Ă  cette confession rendue publique : le portrait d’une femme que nous imaginons Ă  partir de ce que Gorz nous en dit, et le portrait d’un couple que nous regardons vivre, dans une extrĂȘme proximitĂ©.
Un temps d’arrĂȘt, Ă  l’abri des bruits du monde.
D. sera ici Doreen.

Il s’agit ainsi d’imaginer et d’écrire une voix pour elle, qu’à la lecture de la Lettre Ă  D. on rĂȘve plus qu’on ne connaĂźt de la façon dont les Ă©vĂšnements poussent Ă  Ă©crire et Ă  crĂ©er, et de ce que la fragmentation d’une identitĂ© produit.

AndrĂ© et Doreen nous parlent de leur insĂ©curitĂ© d’ĂȘtre au monde, Ă  travers les tumultes d’un 20Ăšme siĂšcle qu’ils ont traversĂ©s tant bien que mal, indispensables l’un Ă  l’autre. Ils tĂ©moignent du lien qui les unit et qui rend leur existence possible.
Un homme et une femme aux identités mouvantes, qui vont bientÎt mourir : nous sommes en septembre 2007, dans le salon de leur maison, à Vosnon.
C’est le soir. Ils ont prĂ©parĂ© de quoi manger et nous accueillent chez eux.
Dans une heure ils se suicideront… En attendant, ils parlent.
Doreen va se mettre Ă  raconter leur amour, on entendra la Lettre, aussi, dans ses mots. Et sans doute qu’AndrĂ© (qui s’appelait en rĂ©alitĂ© GĂ©rard – AndrĂ© Gorz est le pseudonyme qu’il utilisera pour signer tous ses essais) finira par prendre la parole Ă  son tour.
Le rĂ©el sert ici de point de dĂ©part pour tracer un paysage plus large, au delĂ  d’eux.
Il s’agit d’une adaptation, d’une tentative, entre le rĂ©el documentaire – l’histoire d’AndrĂ© Gorz-GĂ©rard Horst et de Doreen Keir – et la mise en fiction de la figure de ce couple et de cette femme aimĂ©e que nous ne connaissons pas et qui va mourir avec l’homme qui dit lui devoir la vie.
Il y aura donc 3 voix : celle de la Lettre à D., celle de Doreen et celle de Gérard.

David Geselson

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